Spécial Energie
Article 11
Biocarburants : à quand des loco "vertes" ?
Rail & Recherche n°40 - juillet/août/septembre 2006
La SNCF exploite 15 000 km de voies non électrifiées. Optimiser le comportement environnemental de la traction diesel par l’usage de biocarburants est donc une préoccupation constante : les locomotives de motorisation récente seront alimentées avec 10 % de biocarburant dès 2007. La Recherche regarde déjà bien au-delà, allant jusqu’à étudier, avec le projet OZONE, l’hypothèse du "zéro pétrole".
Nom de code : "zéro pétrole". Ainsi parle-t-on des actions sur l’expérimentation de biocarburants dans les diesels ferroviaires. Dès 2006, il s’agit de tester un carburant B30 (70 % gazole/30 % biocarburant) sur une flotte captive d’une dizaine d’automoteurs TER et de 3 ou 4 locotracteurs Fret. Pourquoi une flotte captive ? Parce que la première difficulté du projet est de trouver la source d’approvisionnement en biocarburant et d’en assurer la logistique. "La filière n’est pas à maturité. Les B30 utilisés ici ou là par des flottes routières captives ne correspondent pas aux besoins de la SNCF. Nous recherchons un produit pérenne, répondant à des standards précis", indique Thierry Cami au Centre d’ingénierie du matériel de la SNCF. Cela nécessite des autorisations administratives liées à la fiscalité des carburants et à l’installation de centres de stockage par la SNCF. Ces contraintes levées, la phase d’expérimentation démarrera fin 2006. Si les résultats sont concluants, ils pourraient motiver une proposition d’anticiper la réglementation par une montée en puissance du B30 à la place du B6 (6 % biocarburant, 94 % gazole) imposé aux diesels ferroviaires à l’horizon 2010.
En avril 2006, la Recherche SNCF a démarré le projet OZONE (Orientation Zero Oil for New Energies) pour l’expérimentation d’un carburant B100, totalement issu de la biomasse, sur 2 types de moteurs. En partenariat avec l’Institut français du pétrole (IFP), la société ENERIA, distributeur exclusif des moteurs Caterpillar en France, et le motoriste français SEMT PIELSTICK, OZONE est un vaste programme de recherche planifié sur 42 mois, en 3 étapes. Une phase en laboratoire, menée par l’IFP, doit définir le meilleur carburant de test, vérifier ses qualités physico-chimiques et son innocuité sur les matériaux des moteurs. Ensuite, une expérimentation en banc d’essai fournira des mesures et contrôles sur des moteurs en fonctionnement intensif. Enfin, ce sera une mise en service expérimentale sur une locomotive de manœuvre BB460 000, équipée d’un moteur Caterpillar de forte puissance, et sur un engin BB67 400 équipé d’un moteur Pielstick à définir selon sa localisation et son type de mission.
Vous avez dit biocarburants ?
Issus de la transformation de la biomasse, les biocarburants sont assimilés à une source d’énergie renouvelable. Leur utilisation permet d’envisager une réduction de 15 à 70 % des émissions de gaz à effet de serre, selon les matières premières employées, les biocarburants considérés et leur taux d’incorporation.
Deux filières de production sont exploitées en France :
- Le bioéthanol ou son dérivé l’ETBE (éther), obtenus à partir d’alcool de plantes contenant du sucre (betterave, canne à sucre) ou de l’amidon (blé par exemple) et exploitables dans les moteurs à essence.
- Les huiles brutes obtenues par pressage de graines (colza, tournesol…) et les esters méthyliques d’huile végétale (EMHV) issus de la transformation chimique de ces huiles, qui peuvent alimenter les moteurs diesel.
La filière agricole française des huiles et protéines végétales a déposé la marque Diester, contraction de diesel et ester. Ce terme est devenu commun pour désigner l’EMHV, aussi appelé biodiesel en Europe.
Une filière industrielle émergente
En France, le biodiesel dans le gazole est actuellement autorisé jusqu’à 5 % pour une vente à la pompe. Un agrément doit être demandé pour une utilisation jusqu’à 30 % dans des véhicules de flottes captives. La part des biocarburants dans le gazole et l’essence doit augmenter selon un calendrier plus rapide que celui imposé par la réglementation européenne en termes de pouvoir calorifique, 2 % en 2007, 5,75 % en 2008, 7 % en 2010 et 10 % en 2015.
- Côté biodiesel, l’agrément pour la production de 1 335 000 tonnes supplémentaires a été accordé en mars 2006. Le gouvernement lancera probablement un nouvel appel d’offres d’ici à fin 2006, portant sur 950 000 tonnes de biodiesel et 150 000 tonnes d’éthanol, pour tripler la production de 2006.
- Les investissements dans les biocarburants devraient se monter à 3 milliards d’euros d’ici à 2010, et mobiliser 2,5 à 3 millions d’hectares de terres agricoles pour approvisionner le futur parc industriel. Diester Industrie est le principal acteur de la production d’EMHV avec 4 sites en exploitation.
Le mélange du diester au gazole se fait en raffinerie ou en dépôt pétrolier, avant sa distribution exclusivement assurée par le circuit pétrolier.


