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La grande vitesse

Interview 3
Pourquoi une campagne d'essais à 360 km/h ?
Rail & Recherche n°41 - octobre/novembre/décembre 2006

Michel Leboeuf, Directeur du Développement de Voyageurs France Europe

Rail & Recherche : Pourquoi la SNCF vient-elle de lancer une campagne d’essais, à 360 km/h ?
Michel Leboeuf : Il faut rappeler tout d’abord qu’une entreprise comme la SNCF se doit de revisiter régulièrement ses grands projets. En matière de vitesse, si ça n’avait pas été le cas, nous roulerions encore aujourd’hui à 160 ! Le programme V360, c’est-à-dire 100 m/s, avait été mis de côté à la fin des années 90. Il fallait ressusciter ce projet parce que nous sommes à la veille de lancer une nouvelle génération de matériel et que, parallèlement, les projets de lignes à grande vitesse vont se multiplier.

R & R : Quels enseignements en attendez-vous ?
M. L. : Des essais en cours, nous attendons des réponses à des questions techniques et économiques. Deux hypothèses sont possibles. Ou bien la marche économique à franchir est trop importante — nécessité d’écarter les voies, bruit trop élevé, par exemple — et, dans ce cas, le travail ne sera pas perdu car nous profiterons quand même des retombées de la recherche. Ou bien ces essais, tant en matière de stabilité de la voie, d’envol de ballast, de captation et de freinage sont concluants et leurs enseignements économiques compatibles avec le modèle du TGV et alors, nous pourrons envisager de passer à la vitesse supérieure.

R & R : Ces essais vous permettent ainsi de mieux comprendre les coûts ?
M. L. : Dans la bataille engagée aujourd’hui avec l’aérien, chaque minute compte. Si le temps devient un facteur décisif, le coût et les conditions auxquels s’acquiert chacune de ces minutes doivent donc être examinés à la loupe. Ainsi, pour concurrencer l’avion sur Paris, Bordeaux et Toulouse, le projet de LGV SEA ((Sud Europe Atlantique)) coûte 5 milliards d’euros et abaisse le temps de parcours de 50 min (soit 2 h sur Paris-Bordeaux) : 100 millions la minute, c’est l’investissement face auquel nous sommes aujourd’hui. À ce prix par minute, n’est-il pas légitime, voire indispensable, de revisiter la question de la vitesse commerciale optimale ? D’ailleurs, dans les études sur le financement du projet SEA, piloté par le Conseil Général des Ponts et Chaussées, auquel ont participé RFF et la SNCF, il a été demandé à la SNCF de calculer sa capacité contributive sur la base d’une offre future à 350 km/h afin d’ajuster les péages en conséquence. Le fait est que le coût de construction au kilomètre des LGV ne cesse de croître. De son côté, le matériel roulant évolue. Les deux composantes du système bougent. Pourquoi la vitesse commerciale, qui est une forme de partage des rôles entre l’infrastructure et le matériel roulant, en vue de gagner du temps, resterait-elle identique ? Peut-être ? Peut-être pas ? Assurons-nous-en.