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La grande vitesse

Article 4
Le temps, le territoire
Rail & Recherche n°42 - janvier/février/mars 2007

AgrandirAu sein de la SNCF, Jean-Pierre Pradayrol dirige une équipe d’experts prévisionnistes (mathématiciens, statisticiens, économistes) et de spécialistes en informatique chargés de concevoir et de maintenir des outils pour l’évaluation de projets de grandes lignes de voyageurs. Grâce à des modèles de prévision du trafic, les études permettent de chiffrer les effets de l’amélioration des temps de parcours, de l’accroissement des fréquences ou de la création d’une gare avec une analyse complémentaire des données routières et socio-démographiques.

Les études aident à déterminer la pertinence des options, les coûts et les produits qu’engendrera la réalisation d’un projet. Elles s’accompagnent d’une importante production de graphes ou de cartes, isochrones ou anamorphosées, qui donnent du territoire une image nouvelle : « Le fait de représenter le temps plutôt que la distance nous permet de repenser l’espace tel que le remodèle l’accélération des déplacements », explique Jean-Pierre Pradayrol.

Utilisation de modèles de type gravitaire

La direction Développement de Voyageurs France Europe analyse à l’heure actuelle tous les éléments susceptibles d’alimenter un futur projet qu’on pourrait intituler « potentialités ferroviaires de la Très Grande Vitesse » : croissance du trafic découlant d’une nouvelle augmentation de la vitesse, prix des péages, coûts de maintenance du matériel, facture électrique, etc. Une approche qui comporte également une série de questions posées aux ingénieurs de la Recherche SNCF : « Les interrogations essentielles portent notamment sur le matériel : nouvelle génération ou pas ? Impact sur les coûts d’exploitation, sur l’entretien. Notre approche est 100% objective : nous sommes prêts pour les bonnes nouvelles, absence de croissance significative des coûts d’exploitation, comme pour les mauvaises nouvelles. Quand il s’agit de gagner quelques minutes sur un itinéraire, nous sommes en présence de phénomènes quasi linéaires, qu’il est relativement aisé de décrire, explique Jean-Pierre Pradayrol. Pour le quart d’heure ou l’heure, les phénomènes deviennent beaucoup plus complexes. »

On utilise alors des modèles de type gravitaire capables d’intégrer les facteurs favorables autant que défavorables à la génération du trafic : population des villes en relation, PIB par habitant, temps et coût du transport. Le modèle tient son nom de la similitude avec la gravité de Newton stipulant que l’attraction entre deux corps est proportionnelle à leur masse et inversement proportionnelle au carré de la distance les séparant.

La notion de coût généralisé

« Dans tous les cas, nous utilisons la notion de coût généralisé, qui intègre le prix du transport, le temps de parcours ferroviaire, les fréquences et les temps d’accès aux gares incluant le cheminement de porte à porte. » La notion de vitesse joue différemment selon la perception globale du parcours : un gain de 10 minutes sera moins déterminant sur cinq heures de trajet que sur trois heures. «Le positionnement concurrentiel du train par rapport à l’avion et à la voiture particulière intervient alors de façon importante. Chaque minute peut compter pour emporter la décision du voyageur. L’évolution du positionnement concurrentiel du train par rapport à l’avion est analysée à l’aide d’un modèle spécifique. »

Des progrès technologiques pour réduire les coûts de l’accélération

Voyageurs France Europe porte beaucoup d’intérêt à la Très Grande Vitesse tout en se montrant vigilante sur les risques de croissance des coûts, notamment en matière de facture énergétique et de maintenance de l’infrastructure. Les voyageurs, pour leur part, accordent toujours plus d’importance au temps. Aussi, la SNCF ne saurait-elle négliger une demande qui assurera à long terme, la rentabilité de ses investissements et la pérennité du modèle économique TGV. Côté technologie enfin, les progrès pourront probablement permettre de réduire les coûts de l’accélération. Une accélération portée et supportée par un progrès qui, lui aussi, va toujours plus vite.