La grande vitesse
Article 2
Encore plus vite demain ?
Rail & Recherche n°42 - janvier/février/mars 2007
Toujours plus vite, toujours plus loin… Utopie ou réalité ? Pour étudier la faisabilité d'un tel projet, la SNCF a
procédé à une campagne d’essais sur la ligne à grande vitesse entre Lyon et Marseille pendant 5 semaines,
en septembre et octobre 2006. Objectif : explorer la perspective d'une éventuelle augmentation de la vitesse
commerciale pour une nouvelle génération de TGV.
Deux rames TGV Réseau associées en unité multiple,
une rame classique équipée pour l’occasion
d'importants moyens de mesure ainsi
qu’une rame “Christian Lacroix” équipée pour
les essais de freinage ont sillonné la ligne en
s’insérant dans les circulations commerciales. Pour
réussir ce tour de force, le Matériel, l’Innovation & la
Recherche, l’Agence d’Essai Ferroviaire, le Centre
national des opérations, qui gère et supervise les trafics,
ainsi que l’Infrastructure et sa composante lyonnaise ont
uni leurs efforts pour rendre possible cette campagne
d’essais grandeur nature.
« Nous voulions étudier les points bloquants éventuels
pour l’établissement d’une nouvelle vitesse commerciale
», explique Louis-Marie Cléon, Directeur Scientifique
de la Recherche SNCF, responsable des essais.
Traction, freinage, signalisation, bruit intérieur et
extérieur, envol de ballast, usure de la voie, captage
du courant, autant de points pour lesquels des batteries
de test ont été effectuées en ligne.
Un très bon comportement dynamique des essieux

L’une des deux rames, vidée en partie de ses sièges,
est truffée de capteurs, de caméras et d’enregistreurs.
Des gueuses de fontes tapissent le sol d’une plateforme
pour tester l’influence de la masse à l’essieu.
Sur les portes et les vitres, des capteurs dynamométriques
et de pression destinés à mesurer les effets
induits par les croisements à grande vitesse, en ligne
et en tunnel. Sur la voie, des antennes acoustiques,
des capteurs d’effort, mesurent les effets induits par le passage répété de la rame à
raison de 3 allers-retours par
jour. 320, 335, 354,5… Lancée
vers le sud, la rame grimpe
aisément en vitesse. Une accélération
sensible mais une parfaite
stabilité. Chercheurs, ingénieurs,
responsables d’essais scrutent les enregistreurs.
« Début d’alignement ! » Régulièrement, la voix du
chef de traction en cabine, informe les ingénieurs du
comportement de la rame en sortie de courbe afin
qu’ils puissent recaler leurs mesures.
« Nous observons un très bon comportement dynamique
de l’essieu, souligne Louis-Marie Cléon. Les
valeurs tolérables se situent entre 0,6 et 0,8, nous
obtenons 0,2-0,3. » En dépit de l’élévation de la
vitesse, le comportement de l’essieu reste idéal.
Louis-Marie Cléon rappelle que le TGV engrange là les
bénéfices de choix simples qui ont présidé à l’époque à la conception de la rame articulée. « La SNCF est la
seule au monde à avoir choisi un empattement de
3 mètres entre chaque essieu (18,7 entre bogies). Pour
accélérer, les Japonais ont dû l’augmenter en passant
de 2,25 à 2,50. »
La future RGV* devra résoudre une nouvelle équation de puissance.
Les essieux étaient sous haute surveillance. Leur comportement dynamique a été très satisfaisant : les valeurs tolérables se situent entre 0,6 et 0,8. Au cours des essais elles étaient de 0,2-0,3.
Pour ce qui est de la traction, si les moteurs de la rame d’essai ont été boostés (1 300 kW au lieu de 1 100, on a, pour ce faire, modifié les cartes électroniques), la future RGV devra résoudre une nouvelle équation de puissance. « La puissance est égale à la vitesse que multiplie la résistance à l’avancement (P=VxRav), résume Louis-Marie Cléon, pour passer de 300 à 360, il faut multiplier la puissance par 1,7. » Soit 21 000 kW pour une rame double.
À cette vitesse-là, il ne s’agit plus vraiment du même train : l’adhérence faiblit, le contact roue/rail étant plus rapide, on passe moins d’effort. Comment dès lors distribuer cette nouvelle donne énergétique ? La solution qui pourrait s’imposer est celle d’une motorisation répartie. Jean-Marc Cerez, responsable du freinage au Centre d'Ingénierie du Matériel, présent sur les essais, rappelle à cette occasion combien la vitesse est un système global : matériel, énergie, freinage, voie, signalisation... Tous ces paramètres sont concernés.
* Rame à Grande Vitesse, TGV étant devenue une “marque”, il a fallu trouver une nouvelle appellation...


