Chercher l'homme
Interview 2
3 questions à Pierre Pastré, Professeur titulaire de la chaire de communication didactique au CNAM*
Rail & Recherche n°43 -avril/mai/juin 2007

Les agents du Fret peuvent se former à l’inspection des wagons avant leur départ grâce à l’outil de simulation en 3D SimuRAT.
Rail & Recherche : Qu’est-ce que la didactique professionnelle ?
Pierre Pastré : C’est l’analyse du travail en vue de la formation professionnelle. Et c’est aussi
l’utilisation des situations de travail comme instrument d’apprentissage. C’est
à ce titre que la didactique professionnelle s’intéresse à l’apprentissage par l’intermédiaire
de simulations. Entre l’analyse de l’activité et l’utilisation de situations
de travail pour la formation, il y a une articulation profonde. Les deux
dimensions de la didactique professionnelle ne vont pas l’une sans l’autre.
R & R : Comment la simulation intervient-elle dans la formation ?
P. P. : Quand l’apprentissage pratique ne peut pas s’effectuer ”sur le tas” pour des questions
de sécurité ou de coût (conduite de centrale nucléaire, pilotage d’avion…),
on utilise des simulateurs de pleine échelle, qui se substituent au réel. Leur principe
: on apprend la pratique par la pratique ; en imitant et en reproduisant. Une
autre approche est celle de l’apprentissage par résolution de problème : quand
un opérateur rencontre une situation pour laquelle il ne connaît pas la procédure
qui permet d’atteindre la solution à coup sûr, il doit en faire un diagnostic pour
pouvoir ajuster son action à la situation. Son apprentissage consiste alors à
inventer une solution, une méthode à partir de ses connaissances. Pour cela, on
conçoit des simulateurs qui mettent en scène des situations liées à des problèmes.
R & R : Sur quoi repose l’efficacité pédagogique des simulateurs de résolution
de problème ?
P. P. : Ils offrent un maximum d’interactivité. Par une mise en scène dynamique,
la situation ”répond” aux opérations de l’acteur. Ces simulateurs élargissent
à tous les régimes dégradés (incidents, accidents, cas complexes …) la
gamme de situations auxquelles l’opérateur doit savoir faire face. L’introduction
de variables didactiques dans ces outils est un atout supplémentaire
: on module la complexité de la situation, les conditions de prise d’information
et on donne à voir des informations non visibles dans la réalité.
Surtout, confronté aux résultats de ses actions, l’apprenti peut mener une
analyse réflexive de son comportement. Le debriefing avec le formateur est
un moment essentiel : on n’apprend pas les mêmes choses pendant l’action
et au moment de son analyse après coup. Les deux phases se combinent et
s’enrichissent mutuellement.
*CNAM : Conservatoire National des Arts et Métiers


