Chercher l'homme
Interview 1
Entretien avec Françoise Stoeckel, déléguée générale de L’ANVIE*
Rail & Recherche n°43 -avril/mai/juin 2007
Rail & Recherche : Quelle est la place des sciences humaines et sociales en entreprise ?
Françoise Stoeckel : Elle se renforce significativement depuis plusieurs années. Des éléments nouveaux
sont apparus dans la vie des entreprises, entre autres ce que l’on désigne sous le
vocable de responsabilité sociale, mais aussi, au-delà du risque industriel, le risque
d’opinion, notamment tout ce qui concerne la diversité des cultures dans l’entreprise
et à l’international. Et les sciences humaines et sociales ont élargi leur domaine
d’application: initialement concentrées sur la prise en compte du facteur humain
dans les organisations, elles abordent maintenant l’impact des faits de société sur
l’activité économique et industrielle. Même si la mondialisation est perçue comme
l’enjeu économique majeur, les décideurs demeurent conscients que l’équilibre des
entreprises dépendra aussi de leur capacité à prendre en compte les éléments
humains, sociaux et politiques des sociétés dans lesquelles elles s’insèrent.
R & R : Dans ce contexte, quel est l’apport des SHS ?
F. S. : Elles offrent une vision stratégique pour mieux cerner les avantages concurrentiels.
D’ailleurs, le ”marché” de l’ANVIE s’élargit de plus en plus : la demande des entreprises
pour les analyses que leur apporte la recherche en sciences sociales dépasse
aujourd’hui le cadre des très grands groupes.
R & R : Les SHS ont-elles une place aussi marquée dans les secteurs techniques
que dans d’autres domaines d’activités ?
F. S. : C’est dans les univers les plus technologiques que la conscience des enjeux
humains est la plus forte. La performance industrielle et économique en dépend.
La recherche en SHS y est incontournable. C’est un enjeu stratégique d’innovation
et de développement, au même titre que la recherche en sciences ”dures”.
L’ANVIE* est née en 1991. Aujourd’hui, une trentaine des plus grandes entreprises françaises, parmi lesquelles la SNCF, ont fait le pari de la recherche en sciences sociales en adhérant à cet espace de rencontre et de réflexion entre les chercheurs de domaines variés (sociologie, démographie, économie, psychologie, ethnologie…) et les décideurs économiques. Le travail de veille et d’analyse prospective de l’association éclaire les questions des professionnels par les dernières avancées de la recherche. Celle-ci, confrontée à des expériences d’entreprises, permet de concevoir des actions innovantes. Aux côtés des adhérents, plus d’une centaine d’entreprises participent aux travaux de l’ANVIE qui portent aussi bien sur la mutation du travail, les modes de vie et de consommation, les nouveaux enjeux sociaux de l’entreprise, la gestion des risques et des crises...
* Association nationale pour la valorisation interdisciplinaire de la recherche en sciences de l’homme et de la société auprès des entreprises


