Chercher l'homme
Article 10
Un serveur de capitalisation
des connaissances
Rail & Recherche n°43 -avril/mai/juin 2007
Conduire un changement au sein d’une organisation complexe fait appel à
des connaissances explicites, souvent théoriques, mais surtout à des savoirs
empiriques largement implicites. Comment formaliser ces savoirs cachés,
leur donner un cadre pour des représentations communes afin de valoriser
un capital de connaissances inexploité ? C’est la question posée par
l’Institut du Management de la SNCF à la Recherche. Premiers éléments de
réponse avec une thèse de sciences cognitives entamée en 2004.
Le partage des connaissances emprunte deux
voies : la socialisation et la formalisation. Anne
Remillieux, doctorante en sciences cognitives
à l’Institut national des télécommunications,
s’est focalisée sur la seconde pour concevoir, dans le cadre
d’une thèse CIFRE* menée au
sein de la Recherche SNCF, un
serveur de connaissances en
conduite du changement.
Objectif : doter des acteurs
variés (consultants internes,
managers) d’un outil commun
qui renforce leur efficacité.
Deux projets, l’un sur l’amélioration
de la performance
logistique industrielle à la
direction du Matériel et
l’autre sur la réorganisation
des unités opérationnelles Fret de la région d’Amiens ont
permis d’observer in situ des acteurs du pilotage du
changement. Dans ce cadre se sont déroulés des entretiens
permettant de découper une action en une multitude
de processus détaillés et d’établir une typologie des
connaissances implicites mises en oeuvre. La conception
d’un modèle de représentation de ces savoirs s’est
ensuite appuyée sur la théorie des graphes conceptuels.
Fondée sur la logique, la linguistique, la psychologie et
la philosophie, elle offre un langage de représentation
des connaissances dans un mode informatique.
Une maquette papier du serveur a été présentée fin
2006 à l’Institut du management qui souhaite poursuivre
le projet. L’étape suivante - explicitation et formalisation
de l’animation d’un groupe de travail participatif
- permettra de tester les techniques d’explicitation et de
formaliser un échantillon de connaissances, en vue de
réaliser un prototype informatique de l’outil.
Un outil d’aide à la décision

Ce serveur de connaissances en conduite du changement devrait permettre à tous les acteurs de disposer d’un outil commun renforçant leur efficacité.
« Ce n’est pas un outil dogmatique ou prescriptif. Il apportera des éclairages pour aider à la décision », précise Anne Remillieux. La structure du serveur n’est pas modifiable, mais chaque concept répertorié pourra être enrichi par les utilisateurs eux-mêmes, sous le contrôle d’un administrateur qui régulera le contenu de l’outil. « Cette conception démontre qu’on peut modéliser les connaissances et répondre ainsi à un besoin exprimé par de nombreux responsables de projets. La méthodologie pourrait s’appliquer à d’autres types de savoirs », observe Christian Blatter, responsable de l’unité de recherche Sciences humaines et sociales.
* Conventions industrielles de formation par la recherche


