Chercher l'homme
Article 8
Réalité virtuelle et formation
Rail & Recherche n°35 -avril/mai/juin 2007
Avant de sillonner les voies, les wagons passent à la RAT (Reconnaissance de l’aptitude
au transport). Chargement correctement arrimé, respect du gabarit, état du wagon, les
agents du Fret vont désormais pouvoir se préparer à cette inspection sur un simulateur.
L’agent du Fret, muni de sa ceinture réfléchissante, s’avance jusqu’au convoi. Il fait quelques pas le long du premier wagon, se baisse et découvre qu’il manque une semelle de frein. Il consigne aussitôt le fait sur une étiquette qu’il colle sur le côté du wagon. Dans la salle, à quelques pas des deux écrans, le formateur observe la scène qui se déroule à l’unité de formation Fret de Paris La Chapelle. SimuRAT, la simulation de Reconnaissance à l’aptitude au transport va permettre au Fret de franchir un cap pour la formation des agents. Jusque-là, seules deux rames école — des wagons avec défauts de charge ou d’infra — permettaient un face-à-face limité avec l’aspect opérationnel du métier.
“La direction du Fret avait été intéressée par nos précédents travaux en matière de réalité virtuelle, ils nous ont demandé une solution pour la formation à la RAT”, explique Philippe David, responsable de SimuRAT. “Le point crucial de ce développement a été pour nous l’ergonomie et la qualité du rapport élève/simulateur”, souligne-t-il. D’où, avant toute chose, une campagne d’observation menée sur le terrain avec une ergonome spécialisée. Dans la pratique, deux écrans permettent, par le jeu des perspectives, de faire apparaître à l’échelle 1, un wagon de cinq mètres de haut dans une pièce moitié moins haute. Un capteur de position relié à une antenne et clipé au col de l’agent modifie l’image en fonction de ses déplacements. S’il s’accroupit, le dessous du wagon devient visible, s’il se déplace vers la gauche ou la droite, le convoi défile. Dans sa main, l’ardoise tactile, un écran interactif relié par Wi-fi au simulateur, l’équivalent de la liasse des étiquettes à remplir au vu d’un défaut. Philippe David et son équipe ont poussé le réalisme jusqu’à équiper une lampe SNCF d’un capteur de position. “SimuRAT permet ainsi de simuler le travail de nuit : en fonction de la direction dans laquelle l’agent dirige la lampe, un faisceau virtuel vient éclairer telle ou telle partie de l’image du wagon plongé dans l’obscurité.” Une dizaine de wagons ont été modélisés, sur lesquels toutes les actions de base sont possibles : loquets ouverts ou fermés, par exemple. Par ailleurs, une base de données de défauts va être alimentée au fur et à mesure en objets tordus ou cassés élaborés en simulation à partir du manuel de base destinés aux agents du Fret. Comme pour le simulateur Fiacre, destiné à la manipulation des coeurs d’aiguille mobiles sur les LGV, SimuRAT bénéficie d’un moteur de simulation propre à la Recherche SNCF. La qualité de la résolution (1280x1024 pixels par écran) et l’exceptionnelle puissance de la carte graphique confèrent un réalisme d’une grande qualité à la simulation. “Une quarantaine de tests utilisateurs ont permis de valider SimuRAT comme outil de formation. Nous avons été très satisfaits par les retours favorables quel que soit l’âge des personnels”, commente Philippe David qui ajoute : “Le credo de notre activité, l’immersion dans la réalité virtuelle, a trouvé là une nouvelle application pertinente et prometteuse pour l’avenir de la simulation.” Lancé en octobre 2003, le projet entre aujourd’hui dans sa phase d’industrialisation : un appel d’offres va être lancé, qui devrait aboutir à la mise en service avant la fin de l’année de plusieurs plates-formes de formation.
L’ardoise tactile,
un écran interactif
relié par Wi-fi
au simulateur,
simule la liasse
d’étiquettes à
remplir par l’agent
et permet de coller
des “étiquettes
virtuelles”.


