Chercher l'homme
Article 6
Profession ASCT, la réalité du terrain dans les salles de formation
Rail & Recherche n°33 -octobre/novembre/décembre 2004
Une salle, des ordinateurs et des jeunes ASCT, plus communément appelés
contrôleurs, en formation.
De la théorie ? Non, de la pratique, du terrain, de la mise
en situation. L’explication de ce paradoxe ?
Profession ASCT, le nouveau dispositif de
formation interactif conçu par la Recherche et la direction déléguée Trains. Objectif :
immerger les jeunes recrues dans la réalité du métier dès l’apprentissage en salle.
Vous cliquez sur “Incivilité en couchette”,
demande le formateur aux stagiaires présents.
Sur chaque écran apparaît une cliente
excédée face à un contrôleur : “Cela fait
5 minutes que je vous cherche, mon mari n’arrive pas
à dormir, c’est insupportable.” Fin du prologue : le
décor est posé, la tension est là ! Le stagiaire est
embarqué virtuellement à bord d’un train, au coeur
d’une situation tendue, en position de décider. À lui de
débloquer la situation en sélectionnant d’un clic la
bonne réponse parmi les divers choix proposés…
“Nous sommes partis du principe que l’acquisition des
connaissances est d’autant plus solide qu’elle se fait
dans l’action et est centrée sur la résolution de problèmes”,
explique Christian Blatter, directeur du projet
de recherche. D’où l’idée de scénariser les situations
typiques de la profession, en mêlant vidéo et images
animées ; le tout porté par une approche interactive.
Aujourd’hui, une vingtaine de situations professionnelles
sont ainsi déclinées en “études de cas” illustrant
une problématique. Et ce, dans les principaux domaines
de compétences de l’ASCT : relationnel, sécurité,
contrôle des billets, matériel voyageurs, renseignement
clients. La situation est scénarisée grâce à un
enchaînement de séquences animées, proposant plusieurs
cheminements possibles. Au fur et à mesure
qu’il progresse dans le scénario, l’apprenant choisit des
options, s’engage, s’implique, et progresse à son
rythme. Avec plus ou moins de tâtonnements selon la
solidité de ses acquis.
La complexité du contexte réel reconstituée
“Nous avons souhaité reconstituer dans ces scénarios un contexte le plus proche possible de la réalité, notamment en introduisant une certaine dose de tension”, explique Patrick Venant, responsable Formation à la direction des Trains. Des voyageurs stressés ou agressifs, un retard à quai, un incident sur voie, un blocage des portes : placé en situation tendue, lestagiaire teste sa capacité à mettre en oeuvre rapidement la masse de connaissances acquises… quitte à constater qu’il clique sur ce qu’il ne devrait pas faire ! Les scénarios reproduisent en effet des mécanismes d’erreurs. Certaines sont bloquantes, d’autres entraînent la visualisation des conséquences : suite à un mauvais départ, par exemple, le stagiaire voit sur l’écran un voyageur qui tombe sur la voie. “Parfois, je vois un stagiaire faire un bond sur sa chaise !”, observe Jacques Malassenet, formateur au Pôle de Paris-Sud-Est. Preuve de l’implication — y compris physique — du stagiaire dans ces scénarios virtuels !
Un outil en phase avec la génération “DVD et PlayStation”
Constatant le désintérêt grandissant des jeunes recrues à l’égard de la formation théorique, Profession ASCT voulait leur donner les moyens de mieux faire le lien avec leur futur métier. Pari réussi ! “La mise en situation donne du sens à ce qu’ils apprennent, et ils accordent beaucoup plus de crédit à la formation théorique”, se félicite Jacques Malassenet. Il reconnaît avoir modifié son approche pédagogique et changé l’architecture de ses cours pour tirer le meilleur parti des études de cas . “Dans le cursus sur les compétences relationnelles, je construis le cours à partir des parcours réalisés par les stagiaires : on en discute ensemble après les avoir visionnés. En revanche, pour tout ce qui touche à la sécurité, j’utilise les études de cas en bouclage pour la vérification des acquis, avec l’immense avantage de pouvoir revisionner le parcours d’un stagiaire en cas d’erreur afin d’en détecter l’origine.”
Et demain ?
La réalité virtuelle
La Recherche s’intéresse à l’introduction du numérique dans ce dispositif qui mixe aujourd’hui vidéo et images animées. Principaux avantages : une interactivité beaucoup plus forte (possibilité de faire des choix à tout moment), une maintenance évolutive aisée et une capacité à simuler des situations extrêmes, souvent impossibles à filmer, à partir d’images modélisées. Reste à analyser l’aspect économique en mettant en balance les avantages et inconvénients comparatifs des technologies. Dans cette perspective, une application est en cours d’étude avec le cas type d’un incendie à bord d’un train.
Un dispositif évolutif
“On a la structure, il faut maintenant alimenter l’outil
pour couvrir toute la gamme des situations professionnelles”,
explique Patrick Venant. Un appel d’offre a été
lancé pour développer huit nouvelles études de cas.
Reste que certaines situations sont particulièrement
ardues à scénariser. “Prenons le transbordement d’un
train arrêté en pleine voie : la situation fait appel à de
multiples connaissances et présente une telle variété
de scénarios possibles que nous ne savons pas identifier
le cas le plus représentatif. Nous avons donc
demandé à la Recherche de mettre au point une
méthode d’analyse qui permette de décrypter les situations
les plus complexes du métier.”
Parallèlement, la direction des Trains constate que Profession
ASCT, conçu au départ pour la formation initiale,
se révèle très intéressant pour d’autres applications.
Dans le cadre de la formation continue, pour l’entretien
des connaissances liées aux situations exceptionnelles
ou bien pour répondre à des besoins individuels de formation
détectés après un entretien individuel. Dans cet
esprit, l’outil est mis en exploitation sur les portables
des dirigeants de proximité des ASCT.
Déploiement : où en est-on ?
Dans les centres de formation, pour la formation initiale au métier : Paris-Sud-Est, Lyon, Toulouse et Tours sont équipés. Béziers, Lens, Nancy et Nanterre seront équipés en 2005. Dans les établissements commerciaux trains (établissement de production pour les ASCT), pour la formation continue : mise à disposition de Profession ASCT auprès des 450 dirigeants de proximité en 2004/2005.


