Chercher l'homme
Article 4
Création de l’université du Service SNCF
L’innovation au service
de la relation client
Rail & Recherche n°41 -septembre/octobre/novembre 2006
La gare, le train…
Ces espaces correspondent
à différentes façons
d’envisager la temporalité
et son rapport aux autres.
Les 1700 agents embarqués dans l’aventure du TGV Est européen sur les quatre premiers allers et retours ouverts sur la ligne classique le 26 juin dernier suivent depuis quelques mois une formation d’un genre inédit : des modules de réflexion sur ce que devrait être un parcours client sans faille, des exercices d’improvisation théâtrales calqués sur des situations caractéristiques ou encore des méthodes de management proches de celles du coaching… Un champ de compétences peu développé jusqu’alors et sur lequel ont souhaité investir en commun les activités Voyageurs. L’objectif ? Être en phase avec l’évolution des attentes de la clientèle dont le rapport au voyage a changé avec la démocratisation des nouvelles technologies.
Un niveau d’exigence plus élevé, des attentes plus imprévisibles et ciblées
« Le transport ferroviaire fonctionne de plus en plus en “libre-service”, explique Franck Marsal, directeur de l’université du Service. Lorsque nos clients s’adressent à notre personnel, c’est pour un motif précis et ciblé, parce qu’ils n’ont pas trouvé de réponse par eux-mêmes. » Traduction pour les agents SNCF : un besoin, certes moins fréquent mais plus imprévisible et la nécessité d’être très réactifs. En regroupant les programmes de formation, initiales et continues, l’université du Service souhaite reconsidérer l’offre et faire évoluer les compétences comportementales en fonction de ce “fil rouge” de la relation de service. La première étape pour son pôle Recherche et Développement, en étroite collaboration avec la direction de l’Innovation et de la Recherche de la SNCF, a été d’identifier des pédagogies efficaces pour réaliser un saut de performance significatif en terme de satisfaction client.
À la recherche d’une grammaire commune…
Que recouvre la notion de service au
client ? Qu’est ce
que “rendre service” pour un agent de la SNCF ?
« Nous nous sommes aperçus que nous parlions tous
du service sans pour autant désigner la même chose,
remarque Franck Marsal. Il manquait à la SNCF des points de repère et un cadre de références théoriques
tant pour qualifier le service que la relation avec
le client durant son voyage. » Les sémiologues de Fonvillars
Calligaro et Associés ont mené une série
d’études qui a permis d’expliciter l’expérience des voyageurs
selon différentes typologies de comportements
et sur les attitudes de service des agents. Une quête
de sens à rapprocher d’une nouvelle manière de considérer
le voyage à partir d’une logique intermétiers.
« Il s’agit d’une pédagogie innovante, explique Hubert
Joseph-Antoine, directeur du management des services,
car elle rassemble les métiers autour du parcours du
client dans sa globalité. »
Au-delà de l’identité forte de chaque métier, tous les
agents se rassemblent autour d’une même ambition :
la satisfaction du client. Un voyage réussi se traduit
alors par une série d’engagements : un contrat clair
avec les clients, des parcours facilités, par exemple
par une bonne signalétique, une chaîne de service
fiable, un pilotage des actions et des projets au plus
près des clients, des rencontres réussies avec les personnels.
Pour approfondir cette “coproduction” du
voyage, l’université du Service a
travaillé avec des sociologues et
des psychologues de chez Ipsos,
qui ont suivi un panel de clients
depuis la préparation de leur
voyage jusqu’à leur arrivée pour comprendre leur rapport
au voyage et à ce qui leur est demandé pendant
celui-ci. « La gare, le train… Ces espaces correspondent
à différentes façons d’envisager la temporalité et son
rapport aux autres, explique Franck Marsal. Si l’on sait
que le train correspond à un moment où “le temps est
rendu”, que la gare est un espace de transition, par
définition générateur d’inquiétude, quels sont “les
moments de vérité” de la relation sur lesquels il est
le plus important de travailler ? » Agents et managers
ont pu expérimenter les résultats de ces études en
regard du travail déjà effectué de façon à reconstruire
ensemble la formation. « Une étape importante, souligne
Franck Marsal, qui a permis de donner plus de
pertinence et de légitimité aux agents qui retrouvaient
là une matière familière, dans laquelle ils ont
rapidement plongé. »
Une pédagogie innovante
L’université du Service a fait appel à l’Académie ACCOR Services et à des comédiens qui ont adapté les techniques d’improvisation théâtrales à la formation en entreprise. Chaque session réunit ainsi un formateur et un comédien pour permettre aux agents de “vivre” certaines situations caractéristiques. Les outils mis à disposition posent également la question de l’utilisation des nouvelles technologies dans le cadre d’une pédagogie du service. En dehors de méthodes telles que “Profession ASCT” qui est un simulateur de situations professionnelles développé dans le cadre d'un projet mené par la Recherche et la direction des Trains et déjà mis à disposition, un système de formation par vidéoconférence est actuellement à l’étude pour des formations courtes. Des méthodes, davantage basées sur le comportemental, concernent plus particulièrement le management de service à partir d’exercices d’observation comme “le tandem” : un temps que se donne le manager pour observer son agent en situation client à partir d’une grille d’observation. Une étude a récemment été menée de façon à aider les managers à comprendre les mécanismes d’acquisition de ces nouvelles compétences face aux clients. HEC (chaire de marketing des Services SNCF/ ACCOR/Air France), l’Institut commercial de Nancy, l’IAE d’Aix-en- Provence font partie du réseau de contacts de l’université du Service. « La SNCF est un formidable laboratoire d’observation pour les sciences humaines, constate Franck Marsal, et nous avons tous à y gagner. »


