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Chercher l'homme

Article 2
Pour une gestion participative de la sécurité
Rail & Recherche n°43 -avril/mai/juin 2007

À la SNCF comme dans d’autres activités industrielles complexes, le management de la sécurité s’organise le plus souvent en référence à la règle et dans l’idée de minimiser les écarts avec cette règle. Mais les nombreuses pratiques d’ajustement par rapport aux prescriptions, l’arrivée massive de jeunes recrutés ces dernières années, ainsi que l’ouverture européenne et l’interopérabilité ont amené la direction de la Sécurité à commanditer de nouvelles recherches orientées sur les facteurs humains. Une démarche qui remet l’homme au centre de l’organisation.

Le programme de recherche sur la sécurité et les facteurs humains s’inscrit dans une Nouvelle approche organisationnelle de la sécurité (NAOS). Une première étude a démontré que la philosophie de sécurité de la SNCF et les documents métiers remis aux opérateurs présentent des incompatibilités : difficultés ou lacunes dans le contenu, l’ergonomie ou la définition des contextes de mise en oeuvre, situations non couvertes… Résultat : l’application des procédures décrites n’est pas toujours aisée, d’où certaines résistances à leur application et les ajustements qui en découlent. Mais cette autonomie relative de l’opérateur est pourtant une condition inhérente à l’efficacité de son action. « La question est de gérer ces écarts entre la règle et la pratique, pas de les interdire », indique Pierre Vignes, responsable du Pôle Facteurs Organisationnels et Humains à la Direction de la Sécurité.

Une conception participative des règles de sécurité

Le projet NAOS, entamé en 2004, s’appuie sur le principe de la conception participative des règles de sécurité. Il s’agit d’associer plus étroitement les opérateurs de sécurité et l’encadrement local à la rédaction de règles mieux adaptées aux caractéristiques des personnels et de l’activité et, d’une manière plus générale, à tous les acteurs impliqués dans la conception des règles. Dans cet esprit, à Lyon et à Paris Gare de Lyon, des ergonomes ont mené des entretiens avec des agents de maintenance de la voie et ont observé l’usage qu’ils font des consignes de protection. « Au delà de l’observation, ces spécialistes de sciences humaines jouent un rôle de médiateur, de vecteur de compréhension entre les différentes parties prenantes », commente Pierre Vignes. Une vingtaine d’expériences participatives de ce type ont déjà démontré l’intérêt de l’approche.
L’objectif de NAOS est de passer d’une situation souvent génératrice de dysfonctionnements où règles prescrites et règles autonomes s’ignorent, à une situation où ces deux types de règles s’imbriquent de manière raisonnée et contrôlée, sans pour autant nier le caractère irréductible de chacune. Il s’agit d’accroître la lucidité réciproque des acteurs : les concepteurs, les dirigeants, les auditeurs, les formateurs sur l’existence des règles autonomes ; les exploitants, l’encadrement de proximité sur l’intérêt des règles de contrôle.

Formaliser les bonnes pratiques

La prise en compte des facteurs humains dans l’évolution des documents réglementaires a une portée qui dépasse la seule question de la réglementation, de la sécurité et de son écriture. Les savoirs des opérateurs sont valorisés, c’est un levier de management. Les ”bonnes pratiques” sont formalisées et les dysfonctionnements organisationnels repérés. Des règles plus lisibles et accessibles constituent un nouveau support de formation. La méthodologie NAOS, décrite dans un document intitulé ”dossier de projet de règle”, a été appliquée en premier lieu à l’homogénéisation des règles de départ des trains.

Sécurité du transport et SHS

La place des sciences humaines et sociales dans la sécurité des transports a été largement évoquée lors du séminaire organisé à l’initiative du PREDIT, de la SNCF et de l’INRETS le 23 janvier dernier sur le thème de la “fertilisation croisée” entre les différents modes de transport.

Malgré leurs contraintes sécuritaires différentes, l’aérien, le routier et le ferroviaire sont confrontés à de fortes tendances communes : un trafic croissant qui exige davantage de régulation, des automatismes plus nombreux, la montée en puissance des technologies d’information en temps réel. Ces évolutions ouvrent de multiples pistes de recherche liées aux facteurs humains : outils de connaissance des systèmes, de spécification des interfaces, d’anticipation des stratégies humaines ; dispositifs capables de s’adapter à la variabilité des situations ; gestion des flux centralisée ou autonome ; place de l’émotion et de la raison ; mécanismes d’harmonisation des règles, responsabilité juridique. « Le facteur humain dans la sûreté de fonctionnement est une préoccupation pluridisciplinaire de la communauté scientifique, commune à tous les modes de transport », a insisté Philippe Renard, directeur de l’Innovation et de la Recherche SNCF lors de la conclusion de cette journée.